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Expliquer la mort aux enfants

La meilleure chose à apprendre à son enfant est de savoir vivre sans nous.

Voici un proverbe arabe cité ce week-end au détour d’une conversation et qui pose les bases d’un sujet qui me trottine dans la tête depuis des semaines.

Je me rend compte que le temps qui passe prend une autre saveur quand les enfants s’invitent dans nos cœurs. Une sorte de fragilité se glisse dans nos inconscients, chaque jour qui passe un peu plus pressant. Le temps passe et un jour, nous ne serons plus là. Ils seront non pas seuls mais accompagnés par d’autres personnes.

Demain, il sera déjà plus grand, tenant sa cuillère seul, accrochant son manteau sur le crochet ou son nom est inscrit. Tendant une main pour me dire au revoir, passe une bonne journée. Mon cœur se pincera doucement, mais je l’accompagnerai, pour commencer ce douloureux apprentissage. Un jour, je ne serai plus là, et il devra vivre sans nous.

Dans un an, un cartable sur le dos, il rejoindra ses copains dans la cours. Je réclamerai un bisou à la volée. Il se couchera dans son lit de grand, aura abandonné sa tétine. Il me lâchera la main de temps en temps, puis un peu plus souvent.

Dans 5 ans, il m’aura peut-être déjà questionné sur la mort, sur ce que l’on est ici, pourquoi on ressent ce que l’on est aussi fort. Ce que l’on devient une fois qu’on est parti. Je lui dirai que ceux qui sont partis restent présents au fond de nous, avec des mots qui lui parleront. J’accompagnerai ses doutes, les questions qui restent en suspens.  Il pensera peut-être que moi, je serai toujours là.

Dans 10 ans, il aura compris beaucoup, mais il ne sera pas complètement persuadé que je ne serai pas éternelle. Je l’aura préservé du mieux que j’aurai pu, rivalisant d’ingéniosité pour contrer les racontars de récré. Malgré les crèmes, mon âge avancera, il n’y a que dans mon cœur que mes vingts ans seront encore là. Ce sera le temps des copains, fini les câlins. Ce sera à moi alors d’apprendre à vivre un peu plus loin de lui.

Dans 20 ans, il aura eu quelques copines, je l’aurai aidé à trouver une voie qui lui plaise. Nos regards en diront long sur notre complicité. Les mots ne suffiront pas pour décrire mon amour pour mon petit homme. Il saura au fond de lui, sans se l’avouer complètement, que les souvenirs son précieux. Il ne resta, un jour,  qu’eux. Il quittera le nid, petit à petit. Je serai là, un peu dans l’ombre, l’aidant à se relever quand il trébuche.

Dans 30 ans, ce sera peut-être lui qui commencera à sentir cette petite fragilité, il prendra conscience que le temps passe, immuable et que chaque instant est précieux. Il sera peut-être papa, il sera surement heureux. Il verra que je ne suis plus vraiment la même que dans ses souvenirs, dans l’image qu’il avait de moi.

Il ne sera pas tout à fait près à me voir partir, mais les jolis souvenirs rempliront ses yeux, il n’aura plus vraiment peur. Il ne s’imaginera pas encore le vide, mais il sera prêt à l’affronter. La douleur l’enlacera, mais un jour, il aura de nouveau l’impression que l’air remplit complètement ses poumons.

Parce que je lui aurai appris sans moi, sans nous.

 

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